Le Travail des Enfants et la Fast Fashion : Ceux qui en paient le prix

Le Travail des Enfants et la Fast Fashion : Ceux qui en paient le prix

Le Travail des Enfants et la Fast Fashion : Ceux qui en paient le prix

Le 12 juin, à l'occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, il est crucial de mettre en lumière une réalité sombre et souvent négligée : le lien étroit entre la fast fashion et le travail des enfants. Ce secteur, qui promet des vêtements tendance à des prix défiant toute concurrence, cache une exploitation humaine intolérable, particulièrement celle des enfants.

La Fast Fashion : Un Aperçu

La fast fashion se caractérise par la production rapide et à bas coût de vêtements inspirés des dernières tendances. Des marques mondialement connues telles que Zara, H&M et Shein en sont les principaux acteurs. Derrière ces vitrines scintillantes se cache un modèle économique basé sur des coûts de production extrêmement bas, souvent réalisés dans des pays en développement où la réglementation du travail est moins stricte.

Ces dernières années, le monde du prêt-à-porter s’est accentué, avec toujours plus de collections, à des prix de plus en plus dérisoires. Ce modèle de fast fashion, largement adopté par les consommateurs, a des conséquences dramatiques. Sans surprise, dans les usines et chez les sous-traitants poussés à produire toujours moins cher, des familles et des enfants paient le prix de nos « bonnes affaires ».

Le travail des enfants dans les usines textiles résulte de la logique du toujours moins cher… à n’im­porte quel prix. Si les ouvriers du textile gagnaient un salaire correct et bénéficiaient d’une protection sociale décente, ils n’auraient pas à envoyer leurs enfants travailler.

En 2023 au Bangladesh : 100 % des travailleurs interrogés déclarent que leurs salaires sont trop bas pour qu’ils puissent nour­rir leur famille pendant tout le mois.

Résultat : un grand nombre de tra­vailleurs se voient contraints de retirer leurs enfants de l’école et de les mettre au travail pour survivre. Environ un quart (23 %) des travail­leurs interrogés par BILS disent d’ail­leurs avoir eux-mêmes commencé à travailler dans l’industrie du vête­ment lorsqu’ils étaient enfants, prin­cipalement en raison du revenu insuf­fisant de leurs parents. Il s’agit donc d’un cercle vicieux qui ne peut être brisé tant que les ouvriers ne reçoivent pas un salaire décent.

L'Impact sur les Enfants

Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), environ 160 millions d'enfants âgés de 5 à 17 ans sont impliqués dans le travail des enfants à travers le monde, et beaucoup d'entre eux travaillent dans l'industrie textile. Les enfants sont souvent contraints de travailler dans des conditions dangereuses pour des salaires dérisoires, parfois même sans rémunération

Un rapport de l'UNICEF révèle que dans des pays comme le Bangladesh, l'Inde et le Pakistan, des millions d'enfants travaillent dans les usines de vêtements. Au Bangladesh, par exemple, près de 1,3 million d'enfants âgés de 10 à 14 ans sont impliqués dans le travail, dont une part significative dans le secteur textile.

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Conditions de Travail

Les conditions de travail dans les usines de fast fashion sont souvent déplorables. Les enfants travaillent de longues heures, souvent dans des environnements insalubres et dangereux, sans accès à l'éducation ni à des soins médicaux adéquats. Ils sont exposés à des produits chimiques nocifs, à des machines dangereuses et à des postures de travail contraignantes, ce qui met gravement en péril leur santé physique et mentale.

Huit ans après l'effondrement du Rana Plaza, l’usine textile bangladaise qui a provoqué la mort de près de 1130 personnes, dont des enfants, plusieurs enfants ont encore trouvé la mort dans des flammes après l’incendie d’une usine d’alimentation en juillet 2021 au Bangladesh. Devant la carcasse calcinée de l’usine, une trentaine de survivants et de parents des victimes, ont confirmé que des enfants travaillaient dans cette usine, pour 20 takas (20 centimes d’euro) de l’heure. La loi au Bangladesh permet aux mineurs de travailler à partir de 14 ans, mais dans des emplois non dangereux, ce qui n’était pas le cas de cette usine. Les mesures de protection promises par le gouvernement tardent à se concrétiser. 

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Responsabilité des Marques

Les grandes marques de fast fashion sont souvent accusées de fermer les yeux sur ces pratiques. Bien que certaines aient adopté des chartes éthiques et des codes de conduite, leur mise en œuvre et leur efficacité restent discutables. Des audits indépendants révèlent régulièrement des violations des droits de l'enfant dans leurs chaînes d'approvisionnement.

Par exemple, en 2020, une enquête menée par le Guardian a révélé que des enfants en Inde travaillaient dans des usines fournissant des vêtements pour des marques occidentales. Ces enfants travaillaient jusqu'à 16 heures par jour pour des salaires de misère, souvent sous la menace de violences physiques.

Prise de conscience 

Dès la fin des années 1990, plusieurs grandes enseignes ont été épinglées pour l’emploi d’enfants dans les ate­liers de leurs sous-traitants. Et ce, à des cadences et des conditions de sécurité inacceptables. En 2013, l’ef­fondrement de l’usine textile Rana Plaza, près de Dacca au Bangladesh, a provoqué un véritable électrochoc. Faisant plus de 1 100 morts dont de très nombreuses jeunes filles, il compte parmi les catastrophes les plus meurtrières de l’histoire du travail.

Nées de ces scandales, des initiatives comme Fashion revolu­tion, Clean Clothes Campaign et sa déclinaison française Éthique sur l’étiquette ont permis d’éveiller les consciences chez les consommateurs et de faire bouger les choses au niveau des États. La Convention n° 138 de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur l’âge minimum du travail des enfants a été rati­fiée par la Chine et l’Éthiopie en 1999, le Pakistan en 2006 et enfin le Bangladesh en 2022. Un progrès tout relatif dans ce dernier pays où l’âge légal de travail minimum est fixé à 14 ans, sans que les petites entreprises soient concernées.

Que peut-on faire ?

La lutte contre le travail des enfants dans la fast fashion nécessite une approche globale et collective

La meilleure garantie contre tous les abus, écologiques et humains, reste le changement d’attitude des consommateurs. Acheter moins et mieux, stopper les achats d’im­pulsion, privilégier les marques « éthiques » et le « seconde main », penser à réparer, louer ou faire du troc.

Initiatives et Espoir

Heureusement, certaines initiatives montrent que le changement est possible. Des organisations comme l'OIT, l'UNICEF et diverses ONG locales et internationales travaillent sans relâche pour éradiquer le travail des enfants. Des campagnes de sensibilisation et des programmes éducatifs sont mis en place pour offrir aux enfants une alternative à l'exploitation.

Le 12 juin est l'occasion de rappeler que chaque vêtement bon marché a un coût humain souvent élevé. En tant que consommateurs, nous avons le pouvoir de changer les choses en demandant plus de transparence et d'éthique de la part des marques. En mettant fin au travail des enfants dans la fast fashion, nous contribuons à construire un avenir où chaque enfant peut grandir dans la dignité, la sécurité et la santé et où leur place est à l'école et non dans des usines de confection.

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